courrierinternational – GUINÉE : Le viol, nouvelle arme de la junte

Posté par senegalnews le 13 octobre 2009

courrierinternational.com - GUINÉE : Le viol, nouvelle arme de la junte

Lors de la répression du 28 septembre, les militaires semé la terreur, en violant des dizaines de femmes. Ce déchaînement de violence pourrait coûter très cher au régime de Moussa Dadis Camara.

Des photos prises à l’aide de téléphones portables circulent dans le pays. Terribles, difficiles à démentir, ces images suscitent la colère. Elles montrent que les femmes ont été spécifiquement prises pour cible par les soldats guinéens qui, il y a deux semaines, ont réprimé une manifestation de l’opposition dans un stade de la capitale. Victimes et témoins parlent de viols, de passages à tabac et d’humiliations intentionnelles. “Après ce que j’ai vu, je ne peux plus dormir la nuit”, reconnaît une femme d’âge moyen issue d’une famille aisée. Elle raconte qu’elle a été frappée et violentée. “J’ai peur. J’ai vu beaucoup de femmes violées et beaucoup d’autres tuées.”

Sur un des clichés, une femme nue est prostrée sur le sol boueux, les jambes en l’air, tandis qu’un homme en treillis militaire se tient devant elle. Sur un autre, un soldat coiffé d’un béret rouge arrache ses vêtements à une femme affolée, elle aussi à demi couchée sur le sol détrempé. Sur un troisième, une femme presque nue, allongée par terre, tente de remonter son pantalon. Ces images circulent sous le manteau, mais plusieurs témoins ont corroboré les événements. Ces agressions se sont déroulées le 28 septembre, jour où, dans une orgie de violences, des soldats ont ouvert le feu sur des manifestants désarmés dans le stade principal de Conakry, faisant des dizaines de morts parmi les quelque 50 000 personnes présentes. D’après des associations guinéennes de défense des droits de l’homme, 157 personnes ont été tuées. Selon le gouvernement, on dénombrerait 56 victimes.

Mais, plus encore que la fusillade, ce sont les agressions dont les femmes ont été l’objet qui semblent avoir traumatisé les gens. Ces actes, de toute façon abominables, suscitent une révulsion particulière aiguë dans un pays musulman comme la Guinée. L’opposition est d’autant plus résolue à chasser du pouvoir le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara. De source diplomatique, on laisse entendre que ces violences ont définitivement sapé la réputation de Camara à l’étranger. Si l’opposition continue de se renforcer, le capitaine Camara pourrait être contraint de céder le pouvoir, ou de resserrer son emprise en s’appuyant sur un gouvernement encore plus autoritaire. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de l’ancienne puissance coloniale, a déclaré que la France ne pouvait plus travailler avec le capitaine Camara et a appelé à une “intervention internationale”.

Le nombre exact de femmes qui ont subi des exactions reste inconnu. Face à la honte que suscitent les violences sexuelles dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, les victimes hésitent à s’exprimer, et les médecins locaux refusent de le faire. Celles qui ont parlé ont préféré garder l’anonymat, par peur des représailles. Toutefois, les témoins n’en démordent pas. “J’affirme, de façon catégorique, que des femmes ont été violées, et pas seulement une”, lance Mamadou Moctar Diallo, chef de l’opposition âgé de 34 ans, qui dit avoir été lui-même violemment passé à tabac. “J’ai été témoin de plusieurs viols.” Trois femmes qui assurent avoir été agressées ont décrit leur martyre dans un entretien au début du mois. “Nous ne savions pas que les soldats allaient nous faire du mal”, explique une femme d’âge moyen, qui ne parvient plus à trouver le sommeil. Elle parle lentement, dans une pièce sombre, assise sur un lit avec deux autres femmes. Elles se trouvent dans une villa, dans un quartier situé en périphérie de la capitale. “On a entendu des tirs, poursuit-elle. J’ai essayé de fuir.” Quand les premiers coups de feu ont retenti, “on se serait cru dans une volière”.

Elle a couru, mais un soldat lui a barré le passage. “Il m’a frappée, se souvient-elle. Et il a déchiré mes vêtements. Il les a arrachés de ses mains.” Puis “il a mis sa main en moi”. Le soldat l’a frappée à la tête avec son fusil, ce qui lui a valu des points de suture. Elle est également couverte de bleus énormes. “Nous sommes traumatisées”, souffle-t-elle, tête baissée.

source : courrierinternational.com

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